2. L'arbre voyageur - Werner Moron, « L'eau monte », 2013

Werner Moron a choisi certains des bouleaux coupés sur le site du Gosson pour réaliser cette sculpture-radeau. Il a assemblé les troncs selon la forme d'une flèche et a attaché des tonneaux de récupération pour la “flottaison”. Un arbre mort, un bouleau aussi, constitue le mât de cette embarcation, et ses feuilles - destinées à disparaître - en sont la voile. Les matériaux naturels, les couleurs naturelles associés à des matériaux industriels colorés activent une fois encore le rapport culture/nature fréquent dans l’art actuel.

Comme précédemment en Pologne où W. M. avait déjà réalisé un radeau du même genre, version contemporaine et moins corrosive de la Nef des fous (v.1500) du néerlandais Jérôme Bosch, L'Eau monte est une allusion à la réjouissance qui accompagne la montée des eaux qui irrigue et nourrit les cultures et les végétaux, d’une part, mais attire notre attention sur la crainte devant l'inquiétante montée des eaux - inondations, effondrements de terrains, incertitudes dues au réchauffement climatique...) que nous observons aujourd’hui. Ce monde est fou, et l'on en rit, mais d'un rire qui n'est pas joyeux…Toutefois le végétal est plus puissant que la ruine, car il est vivant, il est énergie vitale,bourgeonnante, porteur d’espoir et de poésie.

Catherine Legallais

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L’eau monte ici et descend là…

Si l’on est en bordure de mer, le niveau moyen de l’eau monte régulièrement. En certains endroits de la Terre, il faut se pencher toujours davantage pour la voir au fond d’un puits tant son niveau baisse. Et certains lits de rivière s’assèchent…

Certes, au cours de l’histoire de notre planète, le niveau de la mer a varié, montant et descendant selon les ères de glaciation ou de fonte des calottes de glace puis, plus récemment, le climat se stabilisant, les variations sont devenues quasi nulles… jusqu’à ce qu’on s’aperçoive maintenant que le niveau remonte. La technologie humaine a su concevoir des satellites capables de mesurer l’élévation de ce niveau.

Ici, l’eau monte… Pourquoi ? Comme tout liquide chauffé, l’eau se dilate avec l’augmentation de la température moyenne de la planète (constituée majoritairement d’eau). A cela s’ajoute la fonte des glaces terrestres donc davantage d’eau arrive dans les océans…

Là, l’eau descend… Et il s’agit de l’eau douce indispensable aux humains. Des puits d’eau ont tari au Congo ou en Algérie. Pourquoi ? Les ponctions humaines augmentant, ou le manque de pluie, ou les deux causes réunies, la nappe phréatique est en manque. Même dans des pays disposant d’un bon réseau hydrologique comme l’Inde, la raréfaction de l’eau est un fait.

En Chine, c’est pareil.Même les lacs pourraient devenir des mares.

Alors cela déclenche espoir ici et désespoir là.

Ici, c’est dans les zones arctiques qui, libres de glace, vont offrir des sous-sols riches de minéraux et des destinations touristiques nouvelles. C’est dans les zones devenues navigables que les transports vont gagner du temps donc de l’argent et permettre des économies de carburant puisque les distances vont raccourcir entre l’Amérique du Nord et l'Asie, l’Europe et l’Asie.

Là, sur des atolls et des secteurs côtiers de basse terre comme les deltas et a fortiori les polders, des millions de personnes vivent, et des espèces non humaines aussi... La montée des eaux les obligera à fuir, surtout si le phénomène d’enfoncement des terres aggrave la situation. De plus les nappes phréatiques deviennent saumâtres…

Là encore, dans les zones au cœur des terres mais où la sécheresse s’installe, où la population humaine augmente,… comment pourra-t-elle vivre?

L'Assemblée générale de l'ONU a déclaré « que le droit à une eau potable propre et de qualité et à des installations sanitaires est un droit de l'homme, indispensable à la pleine jouissance du droit à la vie ».

Trop d’eau salée ici, pas assez d’eau douce ou de l’eau douce polluée, c’est contraire à la vie.

Pour que ça change, réduire les gaz à effet de serre est la priorité des priorités en matière d’énergie… Il faut le faire savoir et aussi agir.

Hubert Reeves, astrophysicien & président de « Humanité et biodiversité »