1. L'arbre remarquable

Personne n'a planté ici... Personne n'a marqué le coup. Il n'y a pas ici d'arbre remarquable plusieurs fois centenaires, témoignant de cultes anciens, pas « d'arbres à clous », pas de tronc consacré d'où pendent des lambeaux de mouchoirs infectés, des pansements imbibés de miasmes, ex votos censés éloigner les maladies et difformités dont la nature à daigné nous affliger. Pas non plus d'arbre du pendu ou de trou aux sorcières.


Ici vous ne verrez pas d'ifs millénaires, de cèdres du Liban ou d'oliviers bibliques, de Gingko biloba résistant aux feu nucléaire pas plus que de séquoia rivalisant avec les gratte ciels.


Et même pas, du moins pas encore, de monstres hybrides, génétiquement modifiés, invasifs et malfaisants, échappés d'un laboratoire de bio technologie.
Contentons nous donc d'observer ce peuplier préfigurant à lui tout seul l'histoire de ce lieu.
Un jardinier aurait eu toutes les peines du monde à enraciner sur ce petit monticule cet arbre téméraire. Dés que sa petite aigrette, parachutée par les vents, c'est posée là, elle a du pressentir qu'elle n'aurait pas de seconde chance et qu'il allait lui falloir conquérir ce territoire délimité et s'adapter à cette singulière position géographique.


Le voici maintenant... Bel adolescent juché sur son petit terril personnel. Roitelet sur son îlot ou monument au peuplier inconnu, c'est selon. Il accueille désormais les visiteurs comme la statue de la liberté accueille les immigrants fraîchement débarqués sur l'île de Manhattan et semble nous dire qu'ici tout est possible (en matière végétale en tout cas) !

François Sikivie