Stations botaniques et artistiques à Saint-Nicolas - Terril du Gosson

12. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Le livre de l'origine », 2013

Version féminine du Livre de Sève, Le Livre de l’Origine, évoque par son titre le célèbre tableau de Gustave Courbet “L’Origine du monde”. Mais surtout, cette vulve spacieuse, fusion de la féminité et du végétal ainsi que de l’eros qui lui est associé, évoque les récits des femmes métamorphosées en arbre, ou d’autres qui ont été enfantées par l’arbre ou qui émanent de lui, la métamorphose de Daphné étant celle qui a exercé la plus forte influence sur l’imaginaire occidental, au travers des récits de Ovide, de Lucien de Samosate, de Théocrite, ou de Virgile.

Catherine Legallais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Photo : Nathalie Noël 

11. L'arbre symbolique

Il existe une quatrième occasion de dissémination des semences, c'est ce que l'on pourrait appeler la dissémination « historique » (graines retrouvées dans une amphore au cœur d'une chambre mortuaire, par exemple.)
Voici un cas particulièrement représentatif en se figurant l'histoire de ce cerisier. Et si jamais il s'avérait qu'elle ne fut véridique, du moins sa beauté devrait nous la faire considérer comme exemplaire et symbolique. Imaginons la scène ...
C'est l'été, à la surface, mais « au fond » il n'y a pas de saison, pas de jour, pas de nuit, pas d'heure ...pas de repère, rien ne marque le temps dans la mine. Seul le signal indique que l'on doit descendre, remonter, ou faire une pause. Ici il n'y a que le rythme du travail qui compte.
Pendant la pause, plusieurs centaines de mètres sous terre, un mineur mange ses tartines, éclairé par le faible halo de sa lampe, dans un silence d'éternité, propice à la réflexion, malgré la fatigue des muscles. Les pensées défilent, accompagnant la mastication régulière. Le temps de penser à sa condition, aux luttes ouvrières passées et à venir, au progrès peut être. Et puis la haut c'est l'été, cette poignée de cerises en est la preuve, elles ont été cueillies par sa « crapaude », sa fiancée avec qui il a des projets pour plus tard...
Il recrache les noyaux, fleurs rouges sur le charbon noir. Et puis il se prend au jeu, crache le noyau à trois mètres, quatre, et plus loin encore...un mineur c'est en quelque sorte un professionnel de l'expectoration. Il projette le noyau jusque dans la benne, cinq ou six mètres plus loin. Pari gagné ! Une victoire sur soi-même. Rien de tel pour vous remettre d'aplomb, pour se sentir de taille...
Le signal retentit, le travail infernal reprend et le mineur disparaît dans les limbes charbonneuses.
La benne sort du boyau, remonte à la surface, escalade le terril et déverse son contenu, dont notre noyau, sur le tas fumant.
Les temps sont durs, le noyau aussi. Il va résister aux éboulis, aux feux de la terre, aux vents glacés, aux multiples bouleversements du terril, et s'enfouir dans cette terre noire et pauvre où il attendra son heure et les conditions favorables, demeurant en « latence », aujourd'hui on dirait « en chômage technique ».
Puis vient le signal...le noyau dur se fait noyau tendre. Comme les idées d'alors, il va germer, se développer et devenir ce magnifique cerisier!
Un arbre, ça sert peut être aussi à ça, à nous aider à passer d'un monde à un autre monde, une passerelle entre les générations, un trait d'union dans l'espace temps. Il y a comme un décalage horaire et même séculaire entre eux et nous. C'est pourquoi ils dégagent toujours un parfum de nostalgie du temps de leur naissance, diffusant sans que nous le percevions exactement, des particules insaisissables de « temps retrouvé » .
À nous de cueillir ces cerises venues du fond de la mine, cerises du « temps des cerises » comme la célèbre chanson de Jean-Baptiste Clément.

P.S. : Cette histoire peut paraître magique, qu'elle ne vous pousse cependant pas à abandonner vos déchets sur ce terril, respectez- le. Un sachet de chips abandonné ne fera pas pousser des pommes de terres ici, une seringue usagée ne donnera pas un seringua, pas plus qu'un préservatif ne produira un arbre à caoutchouc... bonne promenade !


François Sikivie

10. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Le livre de sève », 2013

L’arbre est un passeur entre la terre et le ciel, entre le chtonien et l’ouranien, et participe de la mort et de la régénération. Cette sculpture, une souche érigée, allusivement phallique, suggère le jaillissement de la sève primordiale; elle reflète une croyance populaire des Grecs anciens selon laquelle les hommes seraient issus de minéraux et des végétaux, et que la terre constituerait le réservoir élémentaire d’où tout corps provient, l’engendrement tellurique précédant l’engendrement sexuel. Fascination du mystère des racines au sens propre comme au figuré.

Catherine Legallais

 

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© Photo : Paul-Henri Mambourg

9. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Métamorphose du livre », 2013

La sculpture de X. Rijs est ici grand livre ouvert, privilégiant l’aérien et l’élan vers le ciel, et rappelle combien l’arbre est lié au livre. En latin “Liber” signifie, tout à la fois, la pellicule située entre le bois et l’écorce, et le livre lui-même: le liber séché offrait des surfaces d’inscriptions, et plus tard c’est l’arbre qui a fourni la pâte à papier. Du liber au papier, l’arbre est le lien. L’usage de la “feuille” redouble ce lien: c’est sur des feuilles sacrées de palmier que la Sybille écrivait ses oracles et c’est ainsi que ce qui désignait la feuille de l’arbre est devenu la feuille d’un livre.

Ce sont ces liens et cette origine que cette sculpture au sommet drageonnant évoque, tout autant que la vie qui travaille incessamment dans l’épaisseur, en perpétuelle transformation et métamorphose organique, et que les nombreux récits métaphoriques liés à la figure de l’arbre retranscrits sur des feuilles de papier...

 

Catherine Legallais

 

 

 

 

 

 

8. Les arbres voyageurs

C’est le premier arbre d’une forêt car il pousse sur tout type de sol, même brûlé ou dénudé, comme ceux des terrils. Il devance aussi toutes les autres espèces grâce à la configuration de ses graines : très légères et munies de deux ailes elle sont capables de parcourir de très longues distances.. Et quelle belle lumière donne ces troncs blancs en toute saison !

Le bouleau fut autrefois appelé arbre de la sagesse car c'est avec ses branches souples que les maîtres d'école « corrigeaient » leurs élèves pour leur apprendre la discipline et les inciter à l'étude...

Paul-Henri Mambourg

 

 

7. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Le livre ouvert », 2013

Un grand tronc scindé révèle la vie mystérieuse et invisible de l’arbre. Cette grande blessure, cette béance est là pour signifier que c’est le plus souvent de la fêlure, de la faille que peut ressurgir une énergie nouvelle, que de belles choses peuvent advenir. Cette pensée est une des constantes de la démarche de Xavier Rijs, pensée déclinée oeuvres après oeuvres.

Catherine Legallais

6. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Le silence de l'arbre », 2013

Une fine connivence se dégage de l’observation humble et pénétrante devant la simplicité de cette oeuvre, si peu retravaillée par l’artiste, juste repérée et choisie avec délicatesse pour ses qualités premières. La souche creusée, rongée par les champignons et les bêtes, dit la lenteur de ce qui s’accomplit dans le silence et l’invisibilité et invite à la méditation, comme un memento mori.

 

Catherine Legallais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4. L'arbre symbolique - Viviane Gémis, « Le poteau rose », 2013

Un poteau est fiché dans le sol au milieu des arbres et de la verdure environnante. Sa couleur rose délicate, sa forme élémentaire et simple suggèrent par et malgré leur gracilité toute la symbolique de l’arbre, érigé, vertical, solidement ancré dans la terre par ses racines et librement aérien dans sa croissance.

Catherine Legallais

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5. L'arbre artisan - Xavier Rijs, « Les livres endormis », 2013

L’enlacement ou le côtoiement des arbres, symbole de l’union conjugale, conduisent à l’évocation des amants qui souhaitent, leur mort venue, que les dieux les transforment en arbre: Les Arbres endormis évoquent donc les amant endormis dans la communion du végétal et de l’humain. Mais comme dans ces récits mythologiques le merveilleux rencontre souvent le prosaïque, Xavier Rijs suggère que cette grande sculpture puisse servir le temps d’un retour sur soi de… banc, très simplement. 

Catherine Legallais   

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© Photo : Nathalie Noël

3. L'arbre médecin

Des remèdes ancestraux à portée de main…
Un bébé frêne dont les feuilles pourront servir dans pas mal de remèdes, par exemple pour fabriquer une boisson pétillante, la frênette ou cidre de frêne. Titrant entre 2,5 et 6°, elle est désaltérante, diurétique et bénéfique pour les articulations.
L’idéal consiste à récolter des feuilles couvertes de sucre secrété par un puceron (la manne). Si les feuilles sont sèches, le sucre est ajouté.
 
Préparation :
Ingrédients (pour 100 litres)
- 100 g de feuilles de frêne cueillies l'été et séchées à l'ombre

- 150 g de chicorée torréfiée

- 5 kg de sucre
- 60 g d'acide tartrique

- 75 g de levure fraîche

- de l'eau douce

 
Faire infuser les feuilles dans quelques litres d'eau bouillante, puis passer dans un linge. Placer la chicorée dans de l'eau bouillante, passer et ajouter à l'infusion de frêne. Faire dissoudre le sucre et l'acide tartrique dans un peu d'eau tiède, laisser refroidir. Délayer de même la levure, mélanger le tout dans le tonneau et remplir d'eau. Laisser fermenter 11 jours à bombe ouverte. La boisson est mise en bouteilles avec bouchons ficelés.
 
Paul-Henri Mambourg